Ceci est la fin. L'autre début est ailleurs :-)
Ceci est la fin. L'autre début est ailleurs :-)
Dernières semaines au Maroc... J'ai déjà entendu parlé du paradis et c'est vrai qu'on s'y croirait, parfois seulement. Pour parler du paradis, je pourrais évoquer les plages immenses, la nourriture céleste ou encore le climat gracieux. Mais je pourrais aussi vous présenter Ali, le gardien de l'immeuble, qui a quitté le bled (et femmes et enfants) pour venir gagner un peu moins de 50 euros par mois. Ou bien encore vous parler de l'incroyable nombre d'emplois-débrouille : la dame qui élève les enfants, l'homme qui garde les voitures dans la rue, la fillette qui fait le ménage, la vieille dame qui cuisine, l'homme qui garde l'immeuble le jour, celui qui le garde la nuit... bref, un nombre incalculable d'emplois qui dépendent directement de ceux qui ont eu la chance de faire des études et d'aller au bureau tous les jours. Au paradis il suffit de se baisser pour trouver des articles de luxe à acheter. Au paradis j'ai sous mes fenêtres une famille qui vit dans une cabane en bois. Au paradis je croise ces hommes qui fouillent les poubelles pour récupérer des cartons qu'ils revendront aussi cher que le paquet de chewing gum que je viens de m'acheter. Dans ce paradis, la rue est envahie des vieilles femmes qui vendent leurs pâtisseries, des handicapés contraints à faire la manche, des enfants qui ne se sont pas lavé depuis des mois, ... Dans ce paradis, tout le monde semble satisfait de l'organisation sociale, mais les apparences ont la vie dure, surtout ici. Le paradis finalement, c'est pas fait pour moi, trop révoltant...
je m’habitue à nos soirées « posage »
je m’habitue aussi à danser sur les tables de la Bodega
je m’habitue (facilement) aux jeans Diesel à 15€ à Bab Marrakech
je m’habitue à la rue Ibnou Nafiss et à ses dragueurs merdeux
je m’habitue à considérer Gad Elmaleh comme un demi-dieu casablancais
je m’habitue aux mini-jupes sur la corniche
je m’habitue à nos expéditions au bord de l’océan
je m’habitue aux habitudes de Hinda, à la quiétude de Maria, aux impatiences de Nail
je m’habitue au couscous et aux tajines de Fatima
je m’habitue à la tolérance, terreau de la société marocaine
je m’habitue aux soirées chantantes, surtout quand Saïd chante
je m’habitue à la rigueur de Bouchra
je m’habitue à l’ « esprit fille » au travail : Nada, Maha, Ikram, Kenza, Majdouline…
je m’habitue à ne pas m’habituer…
ne pas m’habituer à la misèrene pas m’habituer à mon pouvoir d’achat d’Occidentale
ne pas m’habituer à la facilité
ne pas m’habituer au regard des hommes
ne pas m’habituer aux contrastes de la sociétés
ne pas m’habituer aux chats casablancais
ne pas m’habituer à prendre le taxi
ne pas m’habituer à avoir peur
ne pas m’habituer à la corruption de la polic
ne pas m’habituer au luxe des villas « zone Californie »
ne pas m’habituer à la valeur de mon passeport européen
ne pas m’habituer aux files d’attentes devant les ambassades
ne pas m’habituer aux succulentes glaces du Venezia Ice
ne pas m’habituer à ne comprendre qu’à moitié ce qu’on me dit
ne pas m’habituer à l’absence de ceux que j’aime
ne pas m’habituer aux habitudes, comme d’habitude …
J'aurais aimé commencer à relater mon séjour marocain avec un éloge du coucous ou une critique de l'insalubrité ambiante. Et pourtant je commence en vous racontant que ma première semaine marocaine s'est déroulée "sous les bombes" de kamikazes qui ont pris Casablanca pour cible pendant toute la semaine. Alors, évidemment on tente de se rassurer en reprenant en coeur le message des médias marocains : il ne s'agit pas d'attentats mais d'actes de désespoir face à un étau policier qui se fait toujours plus efficace. Soit. Sur la forme on est rassuré ; sur le fond on risque de croiser un des dix kamikazes après qui la police court à travers la ville... Re-soit.
Des attentats, des explosions, des kamikazes, c'est le lot quotidien qui sort de la bouche de PPDA chaque soir et pourtant... Tant qu'on a l'impression que ça n'arrive que chez les autres, dans le Tiers-Monde principalement, c'est supportable (on risque tout juste un petit sursaut mêlant compassion et peur). On y pense et puis on oublie (vite). Les dernières explosions de samedi se sont produites à l'angle de la rue où je travaille. Cette fois les mots de PPDA n'avaient pas le même poids. Le coeur serré et le pas pressant je descends la rue pour aller travailler en priant pour que le "la foudre ne frappe pas deux fois au même endroit" soit vrai. Inch’Allah comme on dit ici.
Vous me direz que je dramatise et vous aurez raison. La peur grandit proportionnellement à l'éloignement. Pas de psychose ici, pas de panique non plus. Et surtout pas de regret : je me sens chez moi. C’est un sentiment inexplicable et tant mieux.